Réunir plusieurs générations sous un même toit, ou simplement permettre aux enfants de grandir auprès de leurs grands-parents, est un projet profondément humain. Ce guide sur le parrainage des grands-parents au Canada explique les règles essentielles du Programme des parents et grands-parents, les contraintes financières à anticiper et les options disponibles lorsqu’une demande de résidence permanente ne peut pas être déposée immédiatement.
Le parrainage familial est une démarche exigeante : il ne suffit pas d’avoir un lien de parenté. Le répondant doit être admissible, démontrer sa capacité financière et accepter un engagement à long terme. Une préparation rigoureuse permet d’éviter les erreurs qui retardent un dossier ou compromettent une invitation.
Guide du parrainage des grands-parents au Canada : le fonctionnement
Le Programme des parents et grands-parents, souvent appelé PGP, permet à un citoyen canadien, à un résident permanent ou à une personne inscrite au Canada en vertu de la Loi sur les Indiens de parrainer ses parents ou ses grands-parents afin qu’ils deviennent résidents permanents.
Le programme ne fonctionne pas comme une demande ouverte en tout temps. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada lance périodiquement une période pour soumettre un formulaire d’intérêt à parrainer, puis invite un nombre défini de personnes à présenter une demande complète. Seules les personnes ayant reçu une invitation peuvent déposer leur dossier dans le cadre du PGP.
Cette distinction est capitale. Remplir un formulaire d’intérêt ne garantit pas une invitation, et préparer une demande complète avant d’être invité ne permet pas de contourner le processus de sélection. Les modalités, le nombre d’invitations et les groupes de personnes visés peuvent évoluer d’une année à l’autre. Il faut donc vérifier les consignes en vigueur au moment de l’ouverture annoncée.
Une fois la résidence permanente accordée, les parents ou grands-parents parrainés peuvent vivre, travailler et étudier au Canada. Ils accèdent aussi, selon leur province de résidence et après les délais applicables, à la couverture de santé publique.
Qui peut parrainer un parent ou un grand-parent ?
Pour agir comme répondant, il faut avoir au moins 18 ans, vivre au Canada au moment de la demande et être citoyen canadien, résident permanent ou personne inscrite en vertu de la Loi sur les Indiens. Un citoyen canadien résidant temporairement à l’étranger ne peut généralement pas parrainer un parent ou un grand-parent dans ce programme s’il ne réside pas au Canada au dépôt de la demande.
Le répondant doit également démontrer qu’il dispose de revenus suffisants. Cette exigence vise à s’assurer que la famille parrainée ne dépendra pas de l’aide sociale. Le conjoint marié ou le partenaire de fait peut, dans plusieurs situations, cosigner l’engagement afin de combiner les revenus. Le cosignataire assume alors les mêmes obligations financières que le répondant.
Certaines situations rendent une personne inadmissible au parrainage. C’est notamment le cas lorsqu’elle reçoit de l’aide sociale, sauf pour une invalidité, lorsqu’elle est en défaut d’un engagement antérieur de parrainage, d’une obligation alimentaire ou d’un prêt d’immigration. Des antécédents criminels, une procédure de faillite non libérée ou une ordonnance de renvoi peuvent également avoir des conséquences. Chaque situation mérite une analyse individuelle avant de soumettre un intérêt à parrainer.
Le critère des revenus : l’étape qui demande le plus d’anticipation
Hors Québec, le répondant doit habituellement satisfaire au seuil de faible revenu majoré de 30 %, appelé revenu vital minimum requis, pour chacune des trois années d’imposition précédant la demande. Le montant exigé dépend de la taille de la famille.
Le calcul ne se limite pas au répondant, à son conjoint et aux parents qu’il souhaite parrainer. Il faut aussi compter les enfants à charge, les personnes déjà visées par un engagement de parrainage encore en cours, ainsi que les membres de la famille des parents ou grands-parents, même s’ils n’immigrent pas tous immédiatement. Une erreur dans ce calcul peut faire échouer une demande pourtant bien préparée.
Les avis de cotisation émis par l’Agence du revenu du Canada constituent généralement la preuve la plus importante. Les revenus déclarés doivent être suffisants pendant les années fiscales visées, pas seulement au moment où l’invitation est reçue. Un emploi récent mieux rémunéré peut être encourageant, mais il ne corrige pas nécessairement un manque de revenus au cours des années antérieures.
Au Québec, le parrainage comporte une seconde dimension. Après l’acceptation fédérale du répondant, une étape provinciale auprès des autorités québécoises est requise pour conclure l’engagement. Les critères financiers et les règles applicables doivent être examinés avec attention, car le Québec administre son propre processus d’engagement.
Quels proches peuvent être inclus dans la demande ?
Le demandeur principal est le parent ou le grand-parent que vous souhaitez parrainer. Son époux, son épouse ou son partenaire de fait peut être inclus dans la même demande. Les enfants à charge de ce parent ou grand-parent peuvent aussi, s’ils répondent à la définition réglementaire, être ajoutés au dossier.
Les frères et sœurs adultes de votre parent ne deviennent pas admissibles simplement parce qu’un dossier de parrainage est présenté. Cette limite crée parfois de la déception dans les familles, mais elle doit être comprise dès le départ afin de planifier des solutions distinctes pour chaque proche.
Tous les membres de la famille doivent être déclarés, y compris ceux qui ne vous accompagneront pas au Canada. Omettre un proche peut avoir des conséquences sérieuses sur la demande actuelle et sur de futures possibilités de parrainage.
L’engagement financier : une responsabilité qui dure
Parrainer n’est pas seulement aider ses parents à remplir des formulaires. Le répondant signe un engagement légal de soutien financier. Dans la plupart des provinces et territoires, cet engagement dure 20 ans à compter de l’obtention de la résidence permanente par le parent ou le grand-parent parrainé. Au Québec, la durée applicable à ce type d’engagement est généralement de 10 ans.
Pendant cette période, le répondant doit subvenir aux besoins essentiels de la personne parrainée si celle-ci ne peut y parvenir elle-même. Ces besoins comprennent notamment la nourriture, le logement, les vêtements et les soins de santé non couverts par les régimes publics. Si la personne parrainée reçoit certaines prestations d’aide sociale, les autorités peuvent réclamer le remboursement au répondant.
Un changement de situation familiale ne met pas fin à l’engagement. Une séparation, un divorce, une perte d’emploi ou un déménagement n’annulent pas cette obligation. C’est pourquoi la décision doit être prise en tenant compte de la réalité financière du foyer à long terme, et non uniquement de l’émotion légitime liée au regroupement familial.
Préparer un dossier complet après l’invitation
Une invitation reçue, les délais de dépôt sont stricts. Il faut réunir les documents prouvant le statut du répondant, ses revenus, les liens familiaux et l’identité de chaque personne incluse. Les actes de naissance, certificats de mariage ou documents établissant une union de fait doivent être cohérents entre eux et accompagnés de traductions conformes lorsqu’ils ne sont pas rédigés en français ou en anglais.
Les parents et grands-parents devront habituellement fournir leurs certificats de police, se soumettre à un examen médical auprès d’un médecin désigné et transmettre leurs données biométriques lorsqu’elles sont requises. L’examen médical ne doit pas être considéré comme une simple formalité : certaines situations médicales nécessitent des explications, des suivis ou des documents complémentaires.
La cohérence est le fil conducteur du dossier. Les dates de mariage, adresses, emplois, voyages et relations familiales doivent correspondre aux renseignements déjà fournis aux autorités canadiennes, le cas échéant. Lorsqu’une divergence existe, mieux vaut l’expliquer clairement que la laisser sans réponse.
Le Super Visa : une solution réaliste pendant l’attente
Le Super Visa est souvent l’option la plus adaptée lorsque le PGP n’est pas ouvert, qu’aucune invitation n’a été reçue ou que les revenus exigés ne sont pas encore atteints. Il permet aux parents et grands-parents de rendre visite à leur famille au Canada pour de longues périodes, sans leur conférer la résidence permanente.
Ce visa peut autoriser des séjours allant jusqu’à cinq ans par entrée, selon la décision de l’agent et les conditions applicables. Il exige notamment une assurance médicale privée admissible, valable pour au moins un an et offrant une couverture minimale exigée par les autorités. Le demandeur doit aussi démontrer qu’il quittera le Canada à la fin de son séjour autorisé.
Le Super Visa n’est pas un remplacement définitif du parrainage. Il représente toutefois une réponse concrète pour éviter que la famille reste séparée pendant plusieurs années. Dans certains cas, il permet également d’évaluer sereinement l’organisation familiale, les besoins de santé et les ressources financières avant d’assumer un engagement de parrainage.
Anticiper plutôt que subir les délais
Le meilleur moment pour préparer un futur parrainage est souvent bien avant l’ouverture d’une période d’invitation. Conserver les avis de cotisation, vérifier la composition familiale, renouveler les documents d’état civil et identifier les obstacles potentiels donne une marge de manœuvre précieuse.
Pour les familles établies au Québec ou ailleurs au Canada, une consultation personnalisée peut clarifier rapidement si le PGP, le Super Visa ou une combinaison des deux correspond au projet familial. Le Conseil Canadien de l’Immigration accompagne les familles dans cette réflexion avec une approche attentive aux règles administratives comme aux réalités de chaque foyer.
Faire venir ses parents ou ses grands-parents au Canada est un projet de vie qui se prépare avec patience. Une stratégie claire aujourd’hui peut transformer une attente incertaine en un parcours familial mieux maîtrisé.



